Une proposition :Donner une forte orientation pratique à la thèse

Vers une recherche-action


Mon but à travers cette thèse, outre de faire œuvre de sociologue, est de participer à la dynamique et au développement des GEMs en lui donnant une forte orientation pratique. Elle se fera donc de préférence avec l’implication de fédérations InterGEMs, des CRÉAI, du CNSA et des Autorités Régionales de Santé. Son but opérationnel donner aux GEMs  une dynamique nationale pour qu’ils ne fonctionnent plus uniquement dans leur coin : 40 000 adhérents dont la moitié qui participent aux GEMs à raison de deux ou trois fois par semaine, ça commence à faire une véritable grosse entreprise et une des associations les plus dynamiques de France1.

On peut également espérer engager une recherche-action avec certains GEMs, voire groupements InterGems régionaux. Ce seront donc sans doute alors les régions qui s’impliqueront dans la thèse qui seront également les terrains d’étude de celle-ci et la mise en place d’une Recherche-action. Rien n’empêche une certaine mise en concurrence de celle-ci et des acteurs pour trouver le/les terrains les plus favorables à cette mise en place : certaines régions étant beaucoup plus dynamiques que d’autres ou ayant déjà créé de fort liens InterGEMs2. On pourrait par exemple faire porter la recherche-action  sur la mise en  place d’un projet pilote mené par les GEMs  d’une région donnée devant servir d’exemple aux autres  GEMs de France  Il sera cependant plus difficile d’aboutir à une étude intéressant l’ensemble des GEMs de France (l’échelle sera trop petite pour mettre en place par exemple  une plate-forme collaborative à la fois en terme de coût et de nombre d’utilisateurs). Une autre solution serait que le GEM de ladite région soit l’initiateur et le réalisateur d’une étude au niveau national (nous reprendrions un peu les mêmes méthodes que le rapport d’Advocacy où les adhérents seront eux même les chercheurs-enquêteurs, ce qui correspond d’ailleurs au désir des initiateurs de cette Recherche-Action qui veulent lui donner une suite).

On pourrait également par exemple imaginer un tour de France des GEMs donnant lieu à des formations à l’utilisation d’un outil de publication sur Internet, afin que chaque GEM puisse lancer son site Internet (stratégie adoptée par le WebMaster, devenu Community Manager du Secours Catholique avec sa triple stratégie Drupall pour le site WEB du Secours Catholique, SPIP3 & Facebook pour le site WEB des délégations) Cela serait très utile dans la mesure où pour l’instant il n’existe guère en la matière de stratégie internet et que les GEMs se contentent de simple pages Facebook assez peu fréquentées et ont des blogs non remis à jour souvent depuis plus de 6 mois.

Une autre partie de mon action va être de permettre aux GEMs de mieux se connaître entre eux, mais aussi mieux bénéficier tant des apports des Clubs Thérapeutiques et du modéle Club House. ils ne suffit pas de construire l’objet sociologique, puisqu’il l’a en partie déjà été par plusieurs thèses (de médecine) et par de nombreux articles ; « my next step », et cela pourrait faire partie d’une recherche-action, sera de permettre à ces 3 formes de groupement de mieux communiquer entre eux en permettant un développement harmonieux et intégré de la gestion communautaire des troubles psychiques, chacune de ses pratiques s’apportant mutuellement. Ma recherche action pourrait consister à faire se rencontrer les acteurs de différentes régions et de différents courants (pairs aidant d’un côté, professionnels du rétablissement, clubs thérapeutiques de l’autre, ClubHouse encore d’un autre,…). L’idéal serait alors de pouvoir y jouer un rôle transversal (ayant une appartenance plurielle aux différents groupes (je suis à la fois membre de GEMs, de Clubs Thérapeutiques et de l’association qui gère les ClubHouses).

Les limites de la collaboration

Certains départements, certaines villes vont se montrer plus coriaces que d’autres pour y mener une enquête de terrain. Dans les Hauts de Seine par exemple nous avions rencontré une animatrice volante qui nous donna spontanément son 06 pour venir lui rendre visite. Mais dès qu’elle annonça notre visite au coordinateur des GEMs locaux, je du passer par le filtre de celui-ci. La même aventure se répéta encore avec le collègue de son supérieur hiérarchique qui m’expliqua fermement qu’il ne tenait pas à ce qu’un étudiant vienne « mettre le bordel » dans ses 7 GEMs, ayant connu une aventure malheureuse avec un étudiante l’année précédente. Dans d’autres GEMs, tout se passe bien au début, jusqu’au jour où vous prenez une initiative qui déplaît, ce qui peut d’un coup vous fermer quelques portes. Beaucoup de présidents de GEM m’ont décrit le même type de phénomêne où, sans qu’ils ne comprennent pourquoi ils ont ainsi été pris en grippe par leur parrain et ont souvent du finir par démissionner. Ailleurs le GEM vous accepte, mais à condition que vous ne soyez pas psychologue ou que ça soit le GEM lui aussi qui décide de votre sujet de thèse (Les cas respectif du GEM Parenthèse à Marseille et de BPBO à Toulouse). Cela dit, de façon générale, beaucoup de GEMs que j’ai rencontré ont été heureux de collaborer parce que cela leur a apporté un autre regard et fourni une connaissance du milieu Gémique qu’ils n’avaient pas forcément eux-même. Il y a eu un réel échange avec les jeunes animateurs mâles travaillant en solo (Ceux de Margny les Compiègne, précédemment cité, du GEM TC de Clermont-Ferrand et du GEM de Nogent sur Oise). On ne peut en dire autant des animatrices en poste depuis de nombreuses années et qui m’ont semblé  souvent adopter un discours plus formaté et possèder (ou vouloir) une énorme emprise sur leur GEM. Ce qui explique que dès qu’il est question d’entrer dans certains sujets, les relations avec les parrains notamment, ou bien la toute puissance des animateurs, ça peut bloquer, voire interrompre tout dialogue et toute enquête de terrain.

Si il est facile de rentrer dans un GEM en disant qu’on a des problèmes psychiques, y faire de l’observation participante est déjà plus difficile : le simple fait de prendre des notes, même discrêtement, suffit à vous faire prendre la main dans le sac. Et si vous annoncez d’entrée de jeu votre position d’enquêteur, votre présence sera signalée au parrain du GEM et la question de votre entrée dans le GEM va devoir être discuté au Bureau de l’association.

Il ne faut pas préjuger à 100 % d’une possibilité de collaboration avec les fédés InterGEMs, les résistances à une telle étude ou collaboration pouvant être nombreuses, notamment à cause d’un versant forcément critique de mon travail de recherche, remettant en cause le climat de bien-pensance et le consensus mou autour du handicap. Il ne faut pas oublier non plus qu’il existe une certaines concurrence entre les GEMs, suivant leur parrainage UNAFAM, FNAPSY, AFTC ou Advocacy. Ailleurs ce sont des logiques territoriales qui s’affrontent, les GEMs de Toulouse contre ceux de Montpellier avec l’exemple de Jean Jacques Piéron,le montpelliérain qui n’arrive pas à avoir de contact avec les GEMs du Midi-Pyrénée.

Qu’il y ait ou non collaboration ne changera cependant pas fondamentalement la donne : je ferai cette thèse de toute façon avec les GEMs qui le voudront bien, chaque GEM étant entièrement libre de mener ses propres activités et étant largement ouvert à l’extérieur. Il est clair que ce ne sera pas même thèse : elle sera plus sauvage, moins exhaustive, moins orientée applications directes, plus analytique et plus critique, davantage faite d’observation in vivo, d’organisation d’événements ponctuels donnant lieu à des possibilités d’observation. C’est d’ailleurs ce que nous avons commencé à faire par la participation active aux activités d’un regroupement de Clubs (le TRUC) où nous avons travaillé sur la possibilité d’un échange GEMs/Club Thérapeutiques, d’événements organisés par les GEMs (soirées SpeedDating,…), réflexion sur la mise en place d’une plate forme InterGEMs du Midi-Pyrénées, de Ciné -Débat à propos du Film « Nous, les Intranquilles », rencontres entre des GEMs du sud et du nord de la France. Chacun de ces terrains provoqués nous a ainsi permis de tirer de nombreux enseignements sur le fonctionnement réel des GEMs, sur les antagonismes qui les séparent, les rapports de force entre présidents, animateurs, associations gestionnaires des GEMs et autorités de tutelle.

1Après tout le Secours Catholique n’a que 1000 salariés et 60 000 bénévoles qui consacrent en moyenne moins d’une heure par semaine à leur bénévolat

2 Le rapport d’Advocacy a d’ailleurs montré l’hétérogénéité des situations, la Normandie ayant été dans leur cas beaucoup plus en phase que la région des Hauts de France, les adhérents des GEMs ayant été de longue date sensibilisés à la thématique de la recherche-action, à leur droit à l’expression et à leur implication dans la société.

3 Dans le cas d’un outil commun WordPress qui a supplanté SPIP depuis 2007 sera beaucoup plus approprié

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