Président, la figure montante des GEMs



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Dès le départ les GEMs ont été conçus comme des associations d’usagers dont l’animateur était un simple professionnel à leur service. Cela dit assez rares (moins d’une vingtaine sans doute et ça sera la mission archéologique de notre thèse d’en trouver le chiffre) ont été les GEMs directement mis en place par des associations d’usagers. La plupart du temps ce sont des structures médico-sociales ou des familles d’usagers qui ont présidé à la naissance d’un GEM. L’autonomisation ne s’est faite ensuite que très progressivement et de façon très différenciée suivant les cas, sous une forte pression de l’Etat et de la FNAPSY. C’est le Cahier des Charges de 2016 qui a rendu définitivement obligatoire que les GEMs soit gérées par une association d’adhérents, donnant comme date butoir 2019 pour une passation complète des pouvoirs. Cette passation des pouvoirs est maintenant faite presque partout(hormis les quelques présidents fondateurs indéboulonnables), mais dans la réalité il reste bien 2 types de GEMs, ceux gérés par les professionnels et ceux ou ce sont les adhérents qui règnent en maître.

Les GEMs ont beau être des associations d’usagers, il ne faut pas cependant considérer que le président a forcément le pouvoir. La moitié des GEMs que j’ai rencontré sont en faite plus ou moins fortement dominés par leur animateur, le rôle du président étant parfois même uniquement de rendre compte à celui-ci et de co-gérer les 300 Euros mensuels dédiés aux activités du GEM. 

La ligne de partage fondamentale se situe entre les GEMs qui sont leur propre gestionnaire et ceux ont recours à une association gestionnaire, chargé de salarier les animateurs et de tous les frais de gestion. Dans le premier cas, c’est le président du GEM qui a en charge avec son bureau les 78 000 Euros de la subvention et c’est lui le supérieur hiérarchique des animateurs. En revanche si le GEMs est géré par une structure extérieure, souvent médico-sociale, qui possède souvent 2 ou 3 autres GEMs dans le département, les animateurs, souvent dirigés par un coordinateur, y ont la plupart du temps un rôle beaucoup plus crucial. Non simplement le Président n’y dispose plus du pouvoir de l’argent et de décision de l’affectation des ressources, mais il se retrouve face à une superstructure avec laquelle il aura du mal à faire le poids.

Quand il n’y a qu’un gestionnaire, faisant office de parrain, ce qui est en réalité très souvent le cas, même si c’est interdit par le cahier des charges, c’est bien souvent son animateur salarié qui a le pouvoir. Un parrain fort peut être le gage d’un rôle limité de l’animateur au profit du président. Un parrain indépendant et fort comme l’Unafam, est souvent la garantie d’un régime présidentiel, les parrains, souvent familles d’usager, cherchent avant tout l’empowerment des adhérents. Le gestionnaire, issu quant à lui des structures médico-sociales, a tout intérêt à maintenir en place le pouvoir des professionnels. Mais là encore, le rôle du président s’arrête là où commence celui du parrain. Pour résumer le président est maître dans son GEM, mais sous le contrôle du parrain dès qu’il s’agit de contacts et de communication externe. Nous avons particulièrement vécu cette situation au moment où nous organisions la projection d’un film sur un GEM (La projection de “Nous, les intranquilles”, un psychodrame moderne).


Des présidents plus ou moins puissants

Dans certains GEMs le Président est une construction du parrain qui l’a soigneusement sélectionné parmi l’ensemble des adhérents, formé puis entraîné à être une sorte de parfait petit soldat. Le président est souvent aussi un nouveau venu, plus dynamique que les adhérents jusqu’ici présents et moins happé par le groupe, donc plus apte à s’en détacher et à prendre le contrôle. Dans plusieurs GEMs nous avons trouvé des présidents qui exercaient par ailleurs un métier à plus ou moins plein temps. C’est ainsi que le président du GEM Oisis de Nogent sur Oise (jusqu’en juin 2019) était par ailleurs programmateur informatique dans une SS2I parisienne, tandis que celui de l’Etoile Polaire (également affilié à Argos2001, comme quoi les bipolaires font bon ménage avec le monde de l’entrperise) exerce comme métreur auto-entrepreneur. Au GEM le Passage du 6éme arrondissement parisien, le vice-président est photographe à l’agence Magnum.

On trouve aussi quelques Super-présidents (ceux que qui le sont doublement, triplement comme le cas de l’ex vice président du CNIGEM président de pas moins de 3 structures locales, la présidence du GEM lui ayant servi de marche-pied pour ensuite devenir président d’un maximum d’autres structures.

Pour aller plus loin :
Quelques premières indications sur la gouvernance des GEMs


“O secours le président à pété les plombs”

Ca n’est pas une sinécure de devenir président de GEM…. Si tous ne vont pas jusqu”au suicide comme les malheureux président de GEM du nord en 2015 puis cette année, aucun n’en sortira totalement vivant.

Devenir président de GEM est souvent un événement majeur dans la vie d’une personne ayant connu des problèmes psychiques graves et cela va changer celle-ci durablement ; ne serait-ce qu’en lui donnant de nouveau un pouvoir dont il a été pendant trop longtemps privé. Devenu président, il va devoir co-gérer le GEM avec l’animateur, prendre des décisions importantes et participer à toute l’organisation de l’association.

C’est généralement très bénéfique pour son empowerment. Cela dit cela comporte aussi des risques, celui d’être ré-hospitaliser. Les présidents sont en effet d’après l’ensemble de nos interlocuteurs beaucoup plus susceptibles de retourner en HP qu’un adhérent lambda. Soumis à de plus fortes pressions, le Président peut être aussi plus sujet à des phases maniaques, voire à un sentiment de toute puissance…. un peu du type de ce que les grecs appelaient l’hubris (le goût de la démesure en toute chose) chez nos ancêtres empereurs.

Dans certains GEMs cela peut se traduire par une utilisation un peu excessive du pouvoir, comme celui d’exclure tous les membres qui ne sont pas de son avis ou lui font de l’ombre ou de s’imaginer un certain pouvoir sexuel (un président fut ainsi attaqué en justice pour harcélement sexuel envers une animatrice).

Pour aller plus loin :
Faire part de décès du président du GEM de Tourcoing

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